24 mars 2008
la main qui connaît bien les lanières de gros cuirs ,
on dirait qu'elle a toujours été là , on ne la verrait pas ailleurs. La malle. Elle est remplie de ce que nous serons pour quelques instants. Un chevalier, une princesse, un bandit, un cow-boy, une fée...
un coffre magique d’où l’on peut sortir toutes les histoires , juste avec un pan de coton blanc , un bout d’étoffe noué autour du front ou ceignant votre taille . un rien. Une bricole. et juste votre imagination …
au début, nous étions surtout des hommes d'affaires, la malle étant remplie avant tout, de grandes chemises blanches aux cols éculés , de longues cravates à rayures larges. Délaissées par leurs propriétaires , elles atterrissaient là , dans la malle au déguisement ... parfois un bout de drap avec une broderie ou des dentelles par chance trouvé au fond, permettait de faire de vous une princesse …
Prestement enfilée, l'éternelle chemise devenait tour à tour robe de chambre, tenue d’infirmier, aube de prêtre [et oui ;-)], ou bien tenue de vagabond ...
Une chemise et une cravate. Et puis c'est tout.
ah si , un léger coup du crayon khôl maternel , subtilisé , selon nous en toute discrétion , pour dessiner la moustache ou la cicatrice nécessaire ,reposé la mine joliment écrasée, dans la trousse tant de fois inspectée pour y trouver un bleu , ou un rouge .
Pour être enfin « l’autre ».
Alors quand je vois mon fils faire de même aujourd’hui, malgré les déguisements que l’on se donne la peine de lui offrir. Lui, ce qu’il préfère : grimper comme un singe [ce qui est en principe interdit formellement] ses étagères pour se saisir d’un bas de pyjama turquoise et d’un marcel dans la réserve d’été. Orner sa tête de ma ceinture de grossesse à étoile [ je n’avais pas prévu cet usage ] remonter ses chaussettes au plus haut , car les pirates font comme ça , c’est tout , c’est dit, et il a certainement raison …
Un feutre usé bleu pour faire une cicatrice sur la tempe, une tête de mort sur le bras.
Et là, c’est comme mon enfance que je vois. Mon enfance à courir en chemise blanche taille 44, persuadée de mon personnage.
Et j’aime ça. J’aime l’idée de cette puissance imaginative. Celle qui met à bas toutes les ds lite de la planète, celle qui range au placard les DVD …
Celle qui vous fait roi ou pirate avec un bas de pyjama .







